J - 168
Fake
news bastiaise
Comme emportée par une rafale de Libecciu, la serveuse se presse vers la terrasse les bras chargés d’une montagne de plats. Il est 13 heures, c’est l’heure de pointe sur la place Saint-Nicolas. Debout derrière son comptoir, le cuisinier mate la somptueuse paire de fesses qui s’éloigne, quand une voix rugueuse d’homme brise son moment de plaisir. Jusque là ce dernier, penché sur le zinc, semblait hypnotisé par une mouche posée entre son verre ballon de Casa et un bol de cacahouètes à moitié vide.
- Oh,
François, dis-moi un peu.
- Quoi
Ange, qu’est-ce qu’y a ?
- C’est
vrai cette histoire ?
- Quelle
histoire ?
- Celle
du drapeau !
- Qué
drapeau ? De quoi tu me parles encore ?
- Hè !
Y parait qu’on voit un drapeau corse à chaque manif des gilets jaunes, alors
que des gilets jaunes ici on n’en a pas.
- C’est
qui, qui t’a raconté cette stupidité ?
- Motus
et bouche cousue, tu sais que j’ai jamais balancé personne.
- Aìo
Ange ! Aìo ! Tu crois que j’ai que ça à faire que jouer aux devinettes
avec toi.
- Ok…
je l’ai lu sur Facebook.
- Chì
capra chì tu si ! Qu’est-ce que tu perds encore ton temps avec ces trucs
de iPhone ? Retourne surveiller ton Casa, va ! Moi, je passe en
cuisine, il faut que j’envoie un to-eat.
Appuyé
derrière la porte, François sélectionne la photo la plus « gorge
triomphante » de sa nouvelle serveuse.
- Si
avec ces deux là, je n’arrive pas à attirer tout Bastia chez moi, c’est la fin
du monde, murmure-t-il avec un sourire moqueur tout en cliquant sur la touche
envoi de son Samsung.
S’il
savait ! Il y a encore quelques mois, elle s’appelait Jean-Charles.
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